Moins de formation, plus de com’ : la Ville de Paris rogne sur la qualification de ses agents
La montée en puissance des formats courts
Le document « Paris Ville Apprenante » en fait sa vitrine : modules numériques, formations à distance, micro-apprentissage, séquences courtes, parcours rapides. Ces formats ont un avantage évident : ils permettent de toucher beaucoup de monde. Mais ils pèsent peu dans les compteurs de jours de formation. Une conférence en ligne de deux heures, c’est bien. Ça ne remplace pas une formation qualifiante d’une semaine.
On se retrouve donc avec ce que l’on pourrait appeler une « massification légère » : davantage d’agents atteints par la formation, mais chacun y consacre moins de temps.
Ce que l’on perd au passage
Historiquement, les formations longues servaient à quelque chose de précis : préparer des concours, permettre des mobilités professionnelles, construire de vraies qualifications. Le recul de ces formations, que le RSU confirme d’ailleurs concernant la formation professionnelle et promotionnelle, n’est pas neutre. Ce sont des leviers de progression qui s’effacent progressivement.
Le vocabulaire du document est lui-même révélateur : agilité, transformation, adaptation, accompagnement au changement. La formation y est pensée comme un outil de réponse rapide aux besoins de l’organisation, plus que comme un droit permettant à un agent de se qualifier, de progresser, de construire son parcours.
Cette logique s’inscrit dans un mouvement plus large : rationalisation budgétaire, développement du numérique, réduction des absences longues, internalisation des contenus.
Une inégalité qui se creuse en silence
Ce qui nous préoccupe particulièrement, c’est l’impact de ces évolutions sur les agents de catégorie C. Ce sont eux qui bénéficient déjà des volumes de formation les plus faibles. Ce sont aussi ceux qui ont le moins de disponibilité, le plus de contraintes terrain, le plus de difficultés à être remplacés pendant une absence formation. En réduisant les formats longs et qualifiants, on risque d’accentuer encore des inégalités qui existent déjà.
Un problème de mesure
Il y a enfin une question qu’on ne peut pas esquiver : que mesure-t-on vraiment quand on parle de « développement de la formation » ? Le nombre de connexions à une plateforme ? Le nombre de modules complétés ? Le nombre d’agents ayant visionné un contenu numérique ? Les indicateurs peuvent donner une impression de dynamisme alors que le temps réel consacré à la qualification diminue. C’est précisément le piège que pose la lecture du RSU 2025.
Les chiffres du RSU 2025 ne trompent pas : 14 000 jours de formation ont disparu en un an à la Ville de Paris. Derrière les éléments de langages rassurants d’un nombre d’agents formés en légère hausse, la réalité est bien plus sévère, on forme plus vite, plus court, pas cher. Modules numériques, micro-apprentissage, séquences express : la formation se transforme en variable d’ajustement budgétaire. Pour la CGT, ce glissement silencieux n’est pas une modernisation, c’est une régression sociale déguisée en innovation pédagogique.
Ce que révèle le RSU 2025 va bien au-delà d’un simple chiffre. Quand on voit passer le nombre moyen de jours de formation par agent de 4,16 à 3,88, on pourrait se dire que ce n’est pas grand-chose. Mais derrière cette variation apparemment modeste, c’est toute une philosophie de la formation qui est en train de changer.
Commençons par les chiffres bruts. En 2024, la Ville de Paris totalisait 220 558 jours de formation. En 2025 : 206 861. C’est près de 14 000 jours qui disparaissent en une seule année. Dans le même temps, le nombre d’agents formés, lui, augmente légèrement : 36 512 en 2024, 37 360 en 2025. Plus d’agents formés, donc. Mais pendant moins longtemps.
C’est là que tout se joue.
Ce que la CGT exige
Le système ne se réduit pas, au sens où il touche toujours autant d’agents, voire davantage. Mais il se transforme en profondeur : plus de court, plus de numérique, plus d’internalisation, moins de temps long, moins de qualification réelle.
Pour nous, cela appelle une vigilance sur plusieurs points : préserver les formations longues et qualifiantes, garantir un accès réellement égal selon les catégories, assurer la transparence des indicateurs, évaluer la qualité et pas seulement le volume, et refuser une logique de formation au rabais.
La question de fond reste entière : la formation est-elle encore un droit, un droit à se qualifier, à progresser, à s’émanciper professionnellement ? Ou est-elle en train de devenir, progressivement et sans que ce ne soit jamais dit clairement, un simple outil d’adaptation aux contraintes de l’organisation ?




